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GAIA par GORK

Je dois tout reprendre au début. Par le début. Depuis le début. A l’endroit où le monde s’initie en moi et moi en lui.
Je dois retrouver les gestes d’avant. D’avant tous les gestes appris, compris, admis.
Je dois chercher l’extrême ralenti du mouvement, jusqu’à cet instant de l’immobilité polaire qui précède toute renaissance.
Avant la lumière était du haut et le sombre du bas.
Cela ne vaut plus rien.
Comme les tournants d’une route sans rives qui ne se soucie plus des trajectoires adéquates. Je suis du tournant.
Je suis dans le tournant.
Je suis le tournant.
Je suis le cercle.
Je pense parfois à mon père songeur et sans doute en repos appuyé au tronc d’un arbre dont j’ai oublié le nom.
Je n’en veux plus à l’âpreté du raidillon qu’il fallait gravir pour atteindre son jardin.
Mes cuisses sont devenues robustes et mes mollets d’acier.
Moi, eaux multiples et tonnerres en attente, j’apprends peu à peu à laisser mes mains arrondir mon ventre.
Je n’en veux plus à personne. Ce que j’ai laissé dans l’avant monde n’est ni perdu, ni abandonné, seulement “retardé”, pour, qu’ayant repris possession de moi-même je puisse m’en saisir vraiment.
Ce qui me paraît très loin redeviendra proche. Et le proche restera proche.
Le vieux comme le neuf seront également vierges. Je chanterai pour eux.
Je respire largement et mon inspiration donne forme aux êtres amis qui m’entourent et m’accueillent avant que mon souffle les dissolvent et les évanouissent sans qu’ils y trouvent à redire. Puis je les rescussite de naissance en naissance jusqu’à la fin du monde.
Je renais à moi-même et ne saurais rien faire d’autre ni rien entreprendre ailleurs.
Le repos des autres est du labeur pour moi.
Le labeur des autres est un moment de mon silence.
Mon geste s’initie, s’esquisse.
Les questions devenues inutiles s’esquivent sans hâte. Il est dit que des amis veillent sur moi. Je n’en n’abuse pas.
Je pourrais faire sans eux Je pourrais aussi danser d’une seule jambe, mais j’en ai deux.
J’avais besoin de cet hiver, de ce froid, de cette contrée, de cette maison et de cette solitude pour que je m’advienne.
Maintenant que cela devient possible il n’est plus besoin que ce qui doit naître se presse à naître. Au contraire, j’en ralentirai encore un moment la venue.
Chaque heure à son heure.
Gork marche dans les montagnes froissées.
Il me reste à accueillir l’inédite et éternelle naïveté.

 

GORK par GORK

J’attends l’Enfant Lave, droit sorti d’un volcan silencieux au matin d’un monde apaisé.
Je marche sans fin dans mes propres pas.
Me couper les jambes pour trouver d’autres traces.
Un jour, devenue maléable la roche s’ouvrira sous mes pieds jusqu’au centre de la terre… Enfant, j’étais le père et mon père l’enfant,
Lui : puni par des jeunes filles occupées à leurs affaires de filles.
Moi : livré à moi-même, à mon chat, à mon frère.
Lui : j’aurais tant voulu le protéger.
Elles : je les regardais, bouche bée.
Et je ne parviens plus à refermer ma bouche sur d’autres stupéfactions.
Maintenant, je ne suis ni père ni enfant.
Les jeunes filles sont en voyage en quête d’arc en ciel.
Je me méfie de moi et des mots qui surgissent de je ne sais où et toujours en désordre.
Des séismes sont là, comme des tigres lâchés dans les arènes d’un cirque, ils menacent sans inquiéter vraiment.
Tous, je dois maintenant vous protéger de mes emportements.
Moi, qui fût ours et chaman puis ours enchaîné puis tzigane et forain, j ‘accomplis ce que je dois accomplir et je réalise la vie.
Tous le savent, je n’en suis ni heureux, ni fier, ni honteux.
Je me ralentis autant que je le peux comme un pisteur chargé d’ouvrir un chemin sûr au coeur d’un champ de mines.
Car j’aime les rituels. Et les mystères des corps.
Mais je déteste la peur qui se répand parfois à mon approche. Envie de fuir, de vomir, de tomber, de trahir, de mourir.
Je suis né au creux de deux montagnes entourées de vallées incendiées.
Une source depuis a choisi de surgir où personne n’espérait : elle alimente les ciels de la prairie où repose mon père
Gaia est en chemin.
Son souffle justifie et valide la vie.

 

GORK par GAIA

Gork approche une vérité qui lui demande une fois encore
de prendre la route qui traverse la tempête.
Seulement aujourd’hui l’éclat qui traverse ses mots à plus de poids que l’eau qui lui tombe sur le visage.
Il entrevoit la possibilité de traverser le rideau des flots sans en perdre une goutte et sans pour autant se dissoudre comme avant.

Il ne trace pas de diagonales, il monte tranquillement, revient sur ses pas, saute les trous, s’élève et s’agenouille.
On dirait qu’il ne sait pas où il va ;
Mais en réalité, il danse.

Les mots ont jailli et l’eau s’infiltre pour révéler le savoir qui attendait patiemment son éveil.

L’Aube le laisse nu, heureux et sans force.
Il respire calmement, car maintenant il sait que plus rien ne peut le faire choir.

Plus loin, il a le choix.
Rien ni personne ne peut déterminer les choses à sa place.

Gaia a pris place à l’envers de lui. Le monde attend sa présence.

Des branches commencent à pousser,
d’une espèce encore jamais vue.`
Son corps-arbre prend la route, avec joie, allégresse.
Un bonheur léger suspend ses pas quelques centimètres au-dessus du sol.

Il rit.

 

  • Collaboration avec Pierre Bongiovanni
  • Édition Paru dans la revue SKLUNK