La première image me vient au Guatemala. Je suis allongée sur le sol et un arbre respire à travers mon ventre. Les racines-corps-terre. Il faut une attention particulière pour que la motte de terre, pleine de racines, ne se renverse pas. Je la respire en équilibre sur mon ventre. Deux mois plus tard, je suis à Fiac. Je repasse sur des terres connues. Et cette fois il s’agit de laisser la place, faire de l’espace, détruire même des traces pour que d’autres artistes habitent ces lieux, cette place, ce village.

J’arrive tôt le matin sur la place du village. Je marche en faisant des cercles. Ce n’est que comme cela que j’arrive à écouter. Il me faut marcher, marcher, marcher, compter le nombre de mes pas et m’arrêter précisément à 70, alors seulement les visions surgissent.

L’image de la femme-matrice réapparaît. Nous serons 6 femmes-arbres. Et deux semeurs-poudreurs.

Je ne pense pas tout de suite aux peintures rupestres. C’est Pascal P. qui les voit. C’est tellement évident. Je pense beaucoup à Christine Quoiraud et à Min Tanaka.

Je vois des corps qui cherchent à s’arracher de leur matrice de glaise / pour que des enfants-végétaux naissent / et qu’une transformation advienne. C’est un cycle. À un moment, il faut même tout laisser, ne rien garder avec soi, repartir, poudré et à moitié nu.

Surtout, il y a l’incroyable capacité des êtres à se saisir d’une image, à la sculpter, à la déplacer, à y mettre du souffle : Moti-Dominique-Rosi-Anika-Florence-Ghislaine-Oriane.

Qui sommes-nous pour oser traverser ainsi / d’un trait / / nous étions deux / nous étions trois / nous étions six / Je n’aurais plus peur d’être une source / ventre des femmes /

à venir

 

Fiac, France, 2009

 

  • Avec Action-rituel en collaboration avec Mark Moti Zemelman et les habitants de Fiac.
  • Institution.s Invitation de l'Association AFIAC en collaboration avec les Abattoirs de Toulouse, Centre d'Art Contemporain.
  • Document.s Édition papier et DVD paru dans le catalogue d'exposition TRANSRITUEL2.