France, Paris, 2006

 

Avec

Création chorégraphique : Camille Renarhd
Assistée de Sika Gblondoume

et en collaboration avec

Chant : Sika Gblondoume
Danse : Marianne Baillot
Danse : Joan Fernando Cabral
Violon : Roselyne Burger
Danse : Sarah Lefèvre

et 62 allongés

Un bourdon sonore comme une rumeur et une marche lente comme une procession

Comment rendre visible notre action dans ce bout de rue mal léchée, encombrée de voitures en stationnement, d’ordures, de fous errants, d’évènements sonores en tous genres, sans être intrusif ni agressif. Notre action doit être radicale, précise : un rituel fantasque pour la rue. Je veux une vague humaine sonore et vibrante qui s’écoule depuis le square Léon, bloque la rue un instant, puis disparait. Suivre le cours de la rue comme le cours d’un fleuve.

Les marcheurs-allongés sont invités à nous rejoindre quelques heures avant le début de l’action pour repérer leur parcours et essayer avec Sika Gblondoumé l’effet du tapis sonore. Un dernier rendez vous leur est donné vers 20 heures, pour le départ de la marche, au haut de la rue. Sika Gblondoume dirige les marcheurs. Elle leur donne un son qu’ils répètent en se tuilant au fur et à mesure de la descente de la rue, selon des intensités différentes. Arrivés, devant le Lavoir Moderne ils s’allongent côte à côte au milieu de la rue. Roselyne Burger, déjà couchée au sol, joue du violon en appuyant son instrument sur le corps d’une jeune performeuse coréenne, Sarah Lefèvre. Celle-ci réagit physiquement aux sons et aux mouvements de Roselyne. Un temps d’arrêt, puis une reprise du son crescendo par les allongés donne le départ pour l’improvisation vocale de Sika. A la fin du chant, les allongés se lèvent et disparaissent en continuant leur chemin vers la bas de la rue Des éléments chorégraphiques accompagnent, entourent, infiltrent le mouvement des allongés et opèrent une défocalisation des regards : Une danse-transe du danseur brésilien Fernando Cabral. Je l’imaginais intervenir sur une cheminée surplombant les corps étendus, mais pour des raisons de sécurité il doit se contenter du sommet d’une table au milieu de la rue.

Des actions dansées fonctionnent en boucles autour des allongés, avec la danseuse Marianne Baillot. Elle se voit comme une apparition féminine, en robe de soirée rouge, énigmatique, prenant la pose, avant de disparaitre. Nous la désignons comme un personnage à contre courant. Elle doit remonter la rue en dansant après le passage des allongés. Sa présence nous est inspirée par un des « fous » de la rue, observé dans ses cycles obsessionnels.

Le duo violon-corps de Roselyne Burger et Sarah Lefèvre part de l’idée que tout doit émerger du sol. Je me demande quelle sonorité peut surgir de cette position physique, impossible pour jouer normalement du violon. Comment l’instrument et sa résonance peuvent se servir de la rue et du corps de Sarah pour créer du son ?

Une projection d’une image fixe sur le mur pignon au dessus du Lavoir Moderne représente une vue de ce même mur mais en contre plongé avec le ciel. Un bout de ciel mis à la verticale, pour ouvrir une respiration dans le mur.

Nous cherchons à créer un espace de rencontre et de friction, à contaminer la rue, mine de rien. Amener les spectateurs dans la rue implique aussi une prise de risque. Chacun est obligé de prendre position. A côté, de loin, par la fenêtre, dans la masse des actants.

Les personnes allongées viennent de partout. Ce sont des amis, des gens du quartier, et des personnes invitées dans la marche à la dernière minute. Ces personnes ne sont pas au service du projet, mais invitées à vivre une expérience éphémère et unique, allongées au milieu de la rue : comment ce retournement de plan peut-il changer leur vision et leur perception, libérer quelque chose en eux ?

Comment la vibration sonore agit-elle physiquement sur ceux qui la produisent et ceux qui l’entendent ?

Comment le projet peut-il devenir le médium d’une rencontre et nourrir chacun à l’endroit où il se trouve.

C’est un défi de s’allonger sur le bitume sale. Nous pensons aux attentats de Londres et avons peur de l’inquiétude que notre action peut provoquer.

S’allonger ainsi dans la rue, est-ce politique ?

Un attentat heureux, est-ce envisageable ?

S’allonger dans la rue c’est s’offrir aux regards dans une position de fragilité extrême. Cela remet en cause notre positionnement d’Homo Sapiens, fermement érigé/campé sur ses deux jambes.

Renverser l’horizon et défaire les face à face.

Article de Pierre Bongiovanni paru dans le revue Slunk

Les rituels paniques et les attentats heureux de Camille Renarhd

Camille Renarhd imagine des actions poétiques fécondées par les lieux qu’elle habite. Elle y invite des complices (danseurs, musiciens, comédiens) et les passants du jour. Quelque chose advient alors, d’inéluctable et de lent qui relève du merveilleux à l’état natif. Ce fut le cas notammant, fin avril 2004, avec SLAP WELL DANKU WELL, rituel d’endormissement du Théâtre de la Gaité Lyrique puis, fin juillet 2005, rue Léon à Paris, avec POUR LES CREDITS REVENEZ DEMAIN, lors du festival Kinoleon, organisé par le Lavoir Moderne Parisien. (…)

Paru dans la revue Sklunk

  • Cette pièce chorégraphique In Situ a été créée à Paris avec des danseurs et musiciens professionnels ainsi que 62 volontaires.
  • En collaboration avec la chanteuse Sika Gblondoume
  • Institution.s Création dans le cadre du Festival Kinoléon / Lavoir Moderne Parisien
  • Images Pierre Bongiovanni et Camille Renarhd