Paris, FR, 2013

Chorégraphie, danse et voix : Camille Renarhd

Interprète souffleuse : Roselyne Burger

Commissaire : Pascal Pique

Duo chorégraphié dans le cadre de l’évènement performatif Incorporations, L’HUMAIN DÉBORDÉ 2, proposé conjointement par le Musée de l’Invisible, l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne et l’École Normale Supérieure de Paris.

Article de Pascal Pique directeur artistique du Musée de l’Invisible

Un événement peu commun s’est produit dès la première préfiguration du Musée de l’Invisible. Grâce à Camille Renarhd. C’était le 17 juin 2013 dans les galeries souterraines du Palais de Tokyo à Paris, situées au dessous de l’ancienne salle de projection de la cinémathèque française (la salle dite 37) où avait lieu le séminaire performatif dédié à l’Incorporation.

Cette session inaugurale a pour objet de proposer de repenser les phénomènes d’incorporation, qu’ils soient artistiques ou autres, en réintroduisant les notions d’inspiration et de vision pour redéfinir l’artiste comme un médiateur entre les mondes visibles et invisibles.

La réouverture de la question de l’invisible à travers l’art associé à des phénomènes comme certains processus visionnaires, étant la raison d’apparaître du tout nouveau projet de Musée de l’Invisible lancé en 2013.

Un projet qui a été inspiré par le travail de certains artistes comme Camille Renarhd qui vit à Montréal et performe « in situ » à travers le monde. Au regard de ce qu’elle a proposé à Paris, mieux vaut désormais dire qu’elle évolue à travers les mondes.

Invitée à réagir à cette question de l’incorporation et de l’invisible elle a littéralement troué l’ordre apparent de la question et des choses pour ménager une ouverture sur les mondes imperceptibles et inouï qui nous entourent. C’est du moins ce que laissaient deviner les réactions d’une majeure partie du public qui semblait être la fois être profondément touché et saisi par sa prestation. Comme si les galeries d’évacuation du Palais de Tokyo avaient été prolongées par l’artiste pour ouvrir nos conscience du monde sur d’autres dimensions.

Qui de mieux qu’une danseuse chorégraphe telle que Camille Renarhd pour aborder cette délicate question de l’incorporation de l’Invisible. Une question que la culture occidentale n’a cessée depuis des siècles de combattre, de dénier ou d’éluder au profit d’une rationalisation matérialiste, productiviste et consumériste.

Depuis des années, le travail de la danseuse chorégraphe a justement consisté à désapprendre un certain nombre des codes pour retrouver le chemin du corps, du geste, du langage, et même du monde. Elle sait ce que la danse tient de la transe. En quoi la pratique profonde des énergies et des vibrations ouvre sur d’autres corps, sur d’autres danses, visibles et invisibles. C’est par un long travail de réapprentissage mais aussi d’initiation, qu’elle a commencé par rétablir, retisser, les liens distendus entre cultures du visibles et de l’Invisible, entre l’humain et le non-humain. Comme avec les règnes du végétal, du minéral ou des éléments dits « naturels ». Notamment au contact des cultures des esprits, des ancêtres et des forces de l’univers qu’elle a côtoyées en Afrique, en Amérique auprès des Amérindiens du Québec, ou avec les femmes Mayas du Mexique qui ont accepté de l’accueillir dans les rituels de la lune qui se pratiquent sur plusieurs années.

Camille Renarhd danse effectivement avec les forces des lieux où elle se pose. Elle danse également pour nous et pour la communauté dans une véritable gestuelle réparatrice et annonciatrice des voies par lesquelles nous devrons nécessairement passer, ou repasser.

Le soir le Palais est à nous. Nos rires transpercent les murs et nous reconnaissons le pouvoir de nos mots. Reines nous sommes et Reines nous resterons. Le peuple d’en bas nous ouvrent les portent du Royaume.

Je danserai donc et R. soufflera.

Nous offrirons ainsi ce que nous avons de plus précieux à ces lieux qui nous adoptent enfin. Souffle comme ultime offrande, dans la ligne de poussière blanche qui se transforme en rivage. Ce pays est à nous. Les formules et langues secrètes sont révélées. Je chanterai pour nous.

(…)

Plus tard,

Nous irons affronter la nuit, laissant les plumes de nos coiffes dorées reposés dans les échos de nos chants.

 

Plus tard encore,

Elle ira seule dans la lueur des étoiles remercier les amis fidèles et les anges protecteurs. Manger un bout de nuit avant de reprendre la route. L’est et l’ouest se disputent sa rousseur. Elle se sent assez de force pour les nourrir tous. Elle a assez de souffle pour se faire entendre de part et d’autre de l’océan. Le corps tremble. Un monde est apparu dans les lignes des mains réunies. Il grandira dans le souffle des cœurs shakés. Les brisures sont de possibles cercles, de possibles chants, de possibles étoiles, de possibles invocations gravées dans le ventre du monde.

Et lorsque son corps à elle sera trop proche du vide, il viendra la retenir, remettre de la chair sur ses os et lui murmurer de rester encore un peu.

Elle dit « Oui ».

Extrait (5’34)

 

Extrait (1’23)

 

 

  • En collaboration avec Roselyne Burger
  • Institution.s Palais de Tokyo, Centre d’Art Contemporain, l’Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, École Normale Supérieure de Lettre de Paris
  • Coproduction Musée de l'Invisible, Atelier LO, Association Plexus