Montréal, CA, 2015

Je présente ici un processus de création récent qui a abouti à des créations sonores individuelles et collectives. Elles ont été élaborées dans le cadre d’un atelier de recherche sur les mémoires des sons autochtones à Montréal. Cet atelier proposé par les artistes Émilie Monnet, Stéphane Claude et Owen Chapman, s’est déroulé au centre d’art autogéré Oboro en janvier et février 2015 à Montréal. La proposition était, à partir d’extraits audio géo localisés provenant de divers endroits ou événements (tels la Marche pour les femmes autochtones disparues), de capter une grande variété de situations. Les prises de son pouvaient aussi faire appel à des instruments, traditionnels ou modernes, ou à des techniques vocales.

femmes 14 fev

Marcher la montagne

Avec Stéphane Claude

Marcher la montagne. Marcher la montagne en quittant la ville et ses sons automobiles – marcher la montagne, trouver le rythme des pas qui grisent la neige – marcher la montagne et faire silence – laisser le corps se déposer dans la lumière hivernale – écouter les sons figés dans la glace – entendre les micro-sons de l’arbre, de la feuille unique qui balance sur la branche, du glaçon qui goutte à goutte – marcher la montagne en imaginant que d’autres la marchent et que d’autres encore l’ont marchée bien avant que la ville n’envahisse l’espace entre le fleuve et elle –

Ce temps d’avant, est-ce que nous pouvons l’entendre dans le rythme de nos corps urbains – qui soudain écoutent avec plus d’acuité que d’habitude – nous avons perdu les noms des lieux, nous avons perdu les mots pour le dire et nous avons perdu les mythes de ces lieux – pourtant, les arbres parlent encore, ils murmurent à nos oreilles tendues et gelées –

Il me semble que la nature pourrait si vite engloutir les vétustes architectures humaines – et à son tour faire taire la ville qui telle un monstre grogne d’une voix basse et ininterrompue.

Les roches s’organisent pour refonder leurs cercles sacrés et les éléments rient des vaines utopies des hommes et de leurs désirs de les contrôler.

La nature toute de résiliences magnifiques, épouse le béton, soulève l’asphalte et mord le métal qui rouille dans ses vinaigriers en habits de glace.

Un homme en rouge siffle son chien – un ciel ébloui la ville agenouillée à nos pieds.

Il faudrait fermer les yeux et se laisser guider par les sons – laisser nos oreilles guider la marche – entendre encore plus en profondeur les voix de ces lieux qui se rappellent à nous telles d’anciennes sorcières rusées – qui rient entre les tombes du Mont Royal –

Dis-moi Montagne comment t’appelaient les anciens ? Quel est le nom qui te fait renaître dans la mémoire de ceux qui respectent chaque parcelle de ton grand corps merveilleux ?

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  • Voix #2 : une création sonore en duo avec Émilie Monnet (à écouter au casque)


 

  • Jam 1 et 2 : créations sonores collectives

À venir