France, Aubepierre, 2011

 

Cette Installation-sculpture a été créée pour le Grenier à grains de l’Abbaye de Longuay lors d’une résidence à La Maison Laurentine, pour le Festival international D’Abord les Forêts, Opus 2. Ce festival a rassemblé durant trois mois plus de 80 artistes venant du monde entier.

Cette installation m’a été inspirée par les chants des moines grégoriens. Je suis restée plusieurs jours dans le grenier, jeunant, dormant, dansant. Cette oeuvre est dédiée à mon père.

Balayer la poussière, caresser chaque dalle. Suivre ces presque riens – les laisser apparaître comme des lignes en appuyant sur le balai. Rien de bien extraordinaire. Sculpture de temps qui passe. J’aime être dans ce blanc. Je pense à mon rapport au ménage.

Je pense que je n’ai pas envie d’être seule ici. Que je n’ai pas besoin d’être seule.

J’ai besoin d’être dans la matière du travail. Dans le temps infini, sans rupture.

Je pense au corps – à sa porosité – à sa durée – à sa capacité à accumuler les couches comme les dalles de la salle.

À sa lenteur par rapport aux idées.

Si je me retourne, je ne vois que des pas qui menaient jusqu’ici. Des pas à dissoudre les peurs, à apprendre de tout et de tous, à aimer, à enterrer encore, à perdre les mots, à perdre l’envie d’être là, pour revenir lavée des enfers, goûter les raretés, les sourires des vrais amis, sentir plus, sentir sentir, sentir le corps traversé par la vie. S’incarner.

Peut-être que cela s’appelle grandir, mûrir, devenir plus grave, plus farouche, plus intègre, plus transparent, plus tendre, plus émue, plus friable, plus humble.

Tout ça.

Des sons très aigus viennent ici. Des cris de grands cygnes qui meurent ou naissent ou s’aiment. Cela me sonne comme des appels venant de très haut puis soudain infiniment de l’intérieur du corps, comme un enfant à bout de sanglots.

Là j’écoute en boucle un chant grégorien – Libera me, c’est très beau, apaisant.

J’ai un peu froid. J’ai un peu faim.

18.28

 

  • Résidence de création
  • Institution.s Festival D'abord les Fôrets, Maison Laurentine, Centre d'Art Discret